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ℹ️ Temps de lecture : 6 minutes. Découvrez comment ces tables, références de la FFESSM, ont été conçues.

Des GERS 65 aux MN90

Avant 1990, les plongeurs français utilisaient les fameuses tables "GERS 65", créées par le Groupe d'Études et de Recherches Sous-marines de la Marine Nationale. Ces tables étaient pionnières mais commençaient à montrer leurs limites, notamment concernant la gestion de l'azote résiduel lors de plongées successives et les marges de sécurité, qui n'étaient plus considérées comme optimales avec l'évolution des connaissances en médecine hyperbare.

Dans les années 80, la Marine Nationale décide qu'il est temps de revoir sa copie pour garantir une meilleure sécurité à ses plongeurs démineurs et nageurs de combat.

Le choix du modèle mathématique

Pour les MN90, la Marine Nationale ne part pas de rien. Elle s'appuie sur les modèles de décompression existants, notamment le modèle "Bühlmann", mais fait le choix d'un algorithme basé sur 12 compartiments tissulaires (contre 16 pour le modèle Bühlmann ZH-L16). Ce choix technique permet de modéliser avec suffisamment de précision les échanges gazeux (saturation et désaturation de l'azote) sans pour autant complexifier inutilement les calculs, qui devaient être retranscrits sur des tables facilement lisibles.

La phase de test : La méthode militaire

C'est ici que l'histoire des MN90 devient fascinante. Les modèles mathématiques ne suffisent pas ; il faut les confronter à la réalité physiologique. La Marine Nationale a donc organisé une vaste campagne de tests en "chambre humide" (des caissons hyperbares remplis d'eau) puis en milieu naturel.

Les sujets d'essai ? Les plongeurs militaires eux-mêmes. Pendant des mois, ils ont enchaîné des plongées aux profils extrêmes (plongées profondes, successives rapprochées, efforts intenses au fond) pour valider la robustesse des tables. À l'issue de ces plongées, les médecins recherchaient activement des "bulles silencieuses" (micro-bulles asymptomatiques) à l'aide de détecteurs Doppler pour s'assurer que les paliers prévus étaient suffisants.

L'adoption par la plongée loisir

Initialement conçues pour des militaires en excellente condition physique, les MN90 ont été rapidement adoptées par la Fédération Française d'Études et de Sports Sous-Marins (FFESSM). Un choix qui peut surprendre, mais qui s'explique par la rigueur de leur conception et leur lisibilité.

Pour les adapter à un public loisir (et donc moins entraîné), des marges de sécurité ont été implicitement ajoutées via les consignes d'utilisation : respect strict de la vitesse de remontée (15 à 17 m/min max, aujourd'hui souvent ramenée à 15 m/min ou moins), interdiction de bloquer sa respiration, etc.

Un héritage toujours vivant

Aujourd'hui, même si l'ordinateur de plongée règne en maître, les MN90 restent le standard de l'enseignement en France pour les niveaux N2 à N4. Comprendre ces tables, c'est un peu rendre hommage à ces plongeurs de la Marine Nationale qui ont prêté leurs poumons pour définir les standards de sécurité que nous appliquons encore aujourd'hui.

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